L’espace téké présente un intérêt
particulier pour l’histoire de l’Afrique centrale, et ce pour plusieurs
raisons. Phénomène
exceptionnel, les Téké se considèrent comme autochtones, leurs traditions orales
ne rapportant aucune
origine extérieure. Attesté dès le début du XVIe siècle, le royaume téké est
présenté par les historiens comme le plus important et le prototype des royaumes
des savanes du sud de la forêt équatoriale. Enfin les voisins des Téké les
considèrent comme leurs initiateurs en bien des domaines culturels : tissage de
raphia, métallurgie, pharmacopée, chants choraux…
Dans leur ouvrage « Métallurgie et
politique en Afrique centrale, deux mille ans de vestiges sur les plateaux
batéké, Gabon, Congo, Zaïre » (Karthala 1997), l’anthropologue
Marie-Claude Dupré et l’archéologue BrunoPinçon explorent
le passé des sociétés téké à partir des plus récents résultats archéologiques,
des fragments de mémoire et de la variété des titres politiques. En l’état
actuel des connaissances, les auteurs proposent la modélisation suivante
:
A partir du Xe millénaire avant notre
ère : Les milliers
d’éclats de quartz et de grès témoignent d’une occupation humaine relativement
dense du pays téké par des chasseurs-collecteurs tailleurs de pierre de
tradition tshitolienne.
Vers le Ve siècle avant notre ère
: La céramique et la
culture du palmier apparaissent. Certaines populations (bantouophones ?)
s’engagent alors dans un processus de sédentarisation.
Vers le 1er siècle de notre ère
: La sidérurgie fait
son apparition dans les savanes téké, puis elle se généralise, même là où les
gisements de minerai sont de piètre qualité.
XI-XIIe siècles :
On assiste à un net accroissement de la
production de fer sur les plateaux batéké, et à l’apparition d’une nouvelle
culture céramique sur les rives du fleuve Congo. Cette période de prospérité est
sans doute liée à une poussée démographique et peut correspondre à
l’installation de nouvelles populations (les Téké ?), ou à une évolution interne
au sein d’un système téké préexistant. La parcellisation des plateaux semble
correspondre à un ancrage territorial de groupes sociaux dépendant d’un maître
de la terre nga ntsie en liaison avec les esprits nkira locaux.
XIII-XIVe siècles :
Avec l’avènement de Nkwe Mbali (la cour du
lion, les rapides de la Léfini où se trouve un rocher dans lequel sont fichées
six enclumes représentant chacune un dignitaire et où résideraient l’esprit de
l’onkoo), l’unité politique n’est plus la terre mais une « confédération»
englobant les plateaux de Djambala, de Nsa, de Ngo, de Mbé que les Européens appelleront quelques
siècles plus tard Anzico puis royaume de Makoko. La métallurgie régresse sur les
plateaux mais se développe à la lisière méridionale de l’aire téké sur les
collines de Kinkala, Mindouli, Boko Songo où l’on produit conjointement fer et
cuivre.
1482 :
Le navigateur portugais Diego Cao reconnaît
la côte congolaise.
1491 :
Les Portugais investissent Mbanza Congo, la
capitale du royaume de Kongo. Ils y baptisent le roi qui part en guerre « mater
une révolte des Anziques ». Le royaume téké est alors déjà ancien.
1529 :
Les téké sont impliqués dans la traite
esclavagiste internationale. Pombo (Malébo, le Stanley Pool) est considéré comme
le plus grand marché d’esclaves d’Afrique centrale.
1566-1567 :
Les téké attaquent le royaume de Kongo et y
tuent deux rois.
1579-1583 :
Le Portugais Duarte Lopez réside à Mbanza
Kongo et livre au géographe Filippo Pigafetta de précieux renseignements sur le
royaume d’Anzico et ses mines de cuivre.
Vers 1630 :
Intensification de la traite esclavagiste
avec le développement du port de Loango, sur la côte ponténégrine. Le pays téké
sera de plus en plus affecté, et les ponctions atteindront de l’ordre de 8 000
sujets par an dans la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
1655 :
Jérôme de Montesarchio rencontre le
Ngobila, un vassal de l’onkoo, à Concobella, sur les rives du
Malebo.
1698 :
Luc da Caltanisetta et Marcellin d’Atri
séjournent à Concobella, mais renoncent à poursuivre leur exploration jusqu’à
Monsol où réside l’onkoo.
Vers 1730-1760 :
La sidérurgie du massif du Chaillu et le
commerce sur de longues distances s’intensifient. De nouvelles aristocraties
voient le jour, instaurés par une série de héros : Nza Mba sur le plateau de
Nsa, Moubiésur le plateau kukuya, Mobié chez les Téké Tsaayi. Les nouveaux
dignitaires tirent leur légitimité de la possession d’une boîte-reliquaire en
écorce, la nkobi.
Vers 1820 :
Les escarmouches entre Téké et Bobangui
pour le contrôle du fleuve Congo culminent avec la bataille d’Idza Itieeri, qui
voit la victoire des téké conduits par l’onkoo OPONTABA.
Vers 1840 :
Le Téké Tsaayi Ngwaka Banzuru abandonne
l’important centre sidérurgique du mont Lékumu. Son fils Mukassa invente le
masque et la danse Kidumu.
1877 :
Stanley descend le fleuve Congo et accoste
au Malébo, qui deviendra le Stanley Pool.
1880 :
Pierre Savorgnan de Brazza traverse le pays
téké. Il fait signer à l’onkoo ILOO 1er les « traités Makoko » qui placent ses terres sous la
«protection » de la France.
1885 :
Le traité de Berlin partage le continent
entre les puissances coloniales, ce qui entraîne une partition du pays
téké.
1892 :
Mort de l’onkoo ILOO 1er.
1909 :
La trypanosomiase fait disparaître les
derniers villages où s’affirme la présence téké sur les mines de cuivre de
Minduli.
1913-1920 :
La « guerre de l’impôt » décime les Téké de
la forêt du Chaillu .