Plusieurs actes
établis par la colonisation reniaient l'Afrique noire la possession d'un système
de calendrier. En effet, en l'absence d'une déclaration de naissance jugée non
obligatoire jadis, nombreux sont les africains qui possèdent un âge apparent. On
les appelle les "né vers". La date de naissance portée sur la pièce
d'état-civil, le "jugement supplétif" et non pas "lacte de naissance" indique un
âge approximatif. Cette situation provoqua de nombreux drames parmi la première
élite des africains noirs; par des erreurs d'appréciation dans l'attribution de
l'âge, des élèves très jeunes mais grands de taille furent renvoyés de l'école
pendant que des plus âgés mais courts furent maintenus. C'est le même cas pour
les travailleurs et d'autres fonctionnaires. Pourtant l'Afrique noire possède son propre
calendrier. Des pareilles ambiguïtés sont à imputer à l'ignorance. Comme pour
bien d'autres valeurs culturelles, l'Occident a peut-être sous-estimé le système
calendaire des noirs et des téké en particulier. L'absence d'écriture n'a pas
non plus rendu possible une concordance nécessaire avec le calendrier romain dès
les premiers moments du contact comme cela existe entre le calendrier
islamique. Tout individu a
besoin de se situer dans le temps; et son utilisation implique nécessairement sa
fraction et son contrôle. Les téké ont dont leur calendrier puisqu'ils emploient
la notion de temps dans leur moeurs. La religion, les croyances et cérémonies
religieuses, le culte des ancêtre, les manifestations rituelles, les cycles et
les activités agricoles sont étroitement liés à des systèmes de divisions de
temps précisément établis comme la "semaine". La base de ce temps étant le jour
( tchugu). La
semaine (olwon) compte 7 jours sur lesquels se déroule la vie chez
les téké:
Nous n'avons pu établir avec exactitude
l'ordre chronologique de ces jours.
Aux jours d'activité s'entremêlent ceux de
repos prescrits par les croyances religieuses. les jours fastes sont
odjuo et okila. Otsara ou
mpio est un jour néfaste, consacré aux puissances surnaturelles;
c'est le jour des nkira, jour des souverains invisibles de la
contrée. Il est donc strictement interdit de sortir du village pour les champs,
la chasse ou la cueillette un jour de repos seuls les voyages sont permis. Tout
récalcitrant s'expose à la malédiction des esprits descendus dans les lieux
habituels des activités des hommes. Une vielle femme du village Nkami passa
toute une journée perchée dans un arbre afin de se fuir une poursuite de 2
antilopes (ékayi) qui, couvertes de feuilles, attendaient
patiemment leur victime au pied l'arbre. Ce jour équivaut au jour de jeudi du
calendrier romain. Okwè (ou okwoyo) est aussi un
jour de repos mais moins rigoureux que le premier et équivaut à notre dimanche
actuel. Ces jours néfastes sont donc consacrés au travaux ménagers et surtout à
la vénération et au culte des ancêtres. C'est la meilleure circonstance de
consultation pour le guérisseur (ngâ) qui bénéficie alors de
l'assistance de tous les esprits. Ce rôle de ngâ est surtout dévolu aux hommes;
certaines femmes cependant peuvent jouer un rôle sacral mais rarement présider à
des liturgies collectives. Tout cela commence assez tôt le matin, selon
l'importance des pratiques magiques ou sacrales dans la case (onction des
statuettes, prière pour solliciter la santé la protection et la santé). La
statuette ( kaduduma) ainsi vénérée (dans le cas de l'utilisation
des statuettes) est remise sur l'autel dans un coin de la chambre. Pendant le
jour de repos a lieu aussi la cérémonie de la "sortie" des jumeaux
(ankira), le nettoyage des cimetières (antwo). Ces
jours-là, le village connaît d'importants regroupements d'hommes réunis pour des
procès ou des cérémonies matrimoniales. Les grands travaux économiques s'effectuent pendant
les autres jours de la semaine. La journée de l'homme est moins chargée que
celle de la femme à qui incombe le rôle de nourrir la famille. On se lève de
bonne heure, le chant régulier des coqs servant de réveil.. le rythme quotidien
est d'une grande monotonie chez la femme. Les champs et la préparation du manioc
(oka) (aliment de base) constituent les préoccupations les plus
régulières de chaque jour. Après tout ce labeur, toute la famille se retrouve le
soir (ékikolo) autour du feu où l'on mange et l'on dissipe dans
les contes la fatigue du jour. La vie quotidienne
confirme le rôle très important de la femme dans la société. Elle est la mère
nourricière et le bonheur dans le village. l'homme et la femme apparaissent donc
complémentaires dans un village téké. Aussi, en suivant quotidiennement l'un et
l'autre, les garçons et filles acquièrent les moeurs nécessaires qui feront
d'eux des adultes.