Cette activité s'appelle
mbia, mbî. Le terme obî (singulier de abî)sert à
désigner le chasseur. On distingue
les chasseurs professionnels possédant les armes requises et les chasseurs
amateurs qui ne participent souvent qu'à la chasse collective occasionnelle.
Tous les adolescents et les hommes du village, à l'exception des invalides et
parfois du chef, appartiennent à cette dernière catégorie.
La vaste savane des 6 plateaux est très
favorable à la chasse, bien que la faune très variée en soit aujourd'hui en voie
d'extermination. Celle-ci s'effectue aussi dans les forêts-galeries. La chasse
joue un grand rôle dans le peuplement de ces régions. La variation des captures est fonction des progrès
économiques dans le temps et des espèces animales. Les téké considèrent la
chasse comme une véritable guerre pleine de risque à livrer entre l'homme et la
bête. C'est pourquoi l'habitude et le savoir-faire du chasseur se complètent par
des pratiques magicio-réligieuses incontestablement héritées du contact avec akula (égalementabôgô)( les pygmées), les plus douées en la matière, et qui lui
imposent une série de règles à observer.
La plus naturelle de ces techniques et qui
est liée à la cueillette est le ramassage: au cours d'une promenade en savane ou
dans la forêt, l'homme découvrir par hasard et récupérer pour consommation
l'animal affaibli ou mort. Cela est du sort du pur hasard et la chance et
souvent ce genre d'occasion est considéré comme "cadeau des
ancêtres". Les enfants se
réservent la chasse aux différents rats. Ils construisent des pièges modestes,
mais d'une grande précision: - Kura est une petite cellule confectionné à l'aide de
gros bâtonnets enfoncés dans le sol. Au milieu on place un appât, le plus
souvent un tubercule de manioc relié à une ficelle qui recourbe une gaulette
enfoncée également au sol. Le rat, en rongeant l'appât, fait déclencher un
système qui resserre un lacet autour de son cou. Une variante ce ce piège sert à la capture des divers
oiseaux de la savane. -
Inta, kanta se tend en forêt. Une gaulette libre est
maintenue sous pression par une ficelle qui la recourbe. A l'autre extrémité de
la ficelle on garde un espace rétrécissante entre celle-ci et la gaulette. Cet
espace est maintenu par une gâchette qui porte au bout un fruit appât, notamment
une noix de palme et dont le déclenchement détend la gâchette. Ce piège ainsi
préfabriqué est attaché dans un fourré au moyen d'une liane. La bête qui
convoite cet appât ne peut l'atteindre qu'en grimpant par la gaulette. Le rat se
condamne la tête entre ce bois et la ficelle brusquement rétrécie avant qu'il
n'ait eu le temps de déguster l'objet de sa convoitise. Ce piège est conçu pour capturer petits rongeurs et
même des écureuils. -
Kadaka, kadaga est un piège tendu sur le sentier du
rat en forêt ou en savane. Le système de déclenchement est le même que sur le
piège kura. Mais l'animal ne va pas à la conquête d'un appât. Il
coupe seulement une mince ficelle ou rabat une languette. Cela suffit pour
déclencher le mécanisme.
- Liswa, ogna,tchwaest une variante de nasse qui sort de
son rôle habituel d'engin de pêche pour servir de piège à capturer les rats.
C'est une espèce de nasse de forme conique, large et ouverte à un bout et qui
s'allonge en se rétrécissant vers son extrémité fermée. Les jeunes chasseurs
tendent ce piège sur la piste bien remarquable du rat. Par une battue, ils
délogent les rats qui, dans leur fuite, filent droit se précipiter au fond de la
nasse d'où ils ne peuvent plus se retirer. - Ota mpim est un arc fait d'un
morceau de liane dure séchée au préalable aux bouts duquel on tend une corde
plate de la même liane. Les premières flèches meurtrières se faisaient en
bambou. Elles portaient à l'extrémité non pointue un empennage en plume de
poulet ou de pintade. Ce dispositif permet à la flèche de suivre la bonne
trajectoire. L'amélioration
de l'arc a vu le jour plus tard avec une forme particulière. La flèche est
propulsée à travers le canon d'une branche à coeur creux appelée
otiènè. La tension de la corde est obtenue par une encoche. Ce
modèle d'arc est appelé otsiènatsiènè. - Omièrè, oywèrè est emploie pour la capture des
oiseaux. Un coup de bec par l'oiseau en vue d'enlever sa trouvaille (grains
d'arachides, coquille, fruits, cigales ou sauterelles) déclenche le système qui
permet à la gaulette de se redresser promptement. Ce mouvement brutal
s'accompagne de l'emprisonnement de l'oiseau par le cou. - Koli, kori; c'est une longue
perche portant à son extrémité une brindille de palme induite de glu
(alin, limbi ). On tient la perche par le bout en se dissimulant
le mieux que possible, et rabat la brindille sur l'oiseau qui s'y accroche. Les
mêmes brindilles plantées obliquement au sol au dessus des graines d'arachides
par exemple sur un endroit de séchage des récoltes donnent des effets
semblables.
La chasse aux perdrix et aux pintades
(plusieurs variétés) se fait à la course et à l'aide du ou des chiens. Les
chiens téké sont réputés très solides et bons coureurs. Afin de pouvoir suivre
le chien dans sa course, on lui attache autour du cou un grelot ovale
(ndibi) taillé dans du bois sec. Pour la chasse collective
(mbi a ntabi) 4 ou 5 enfants, perchés à différents endroits sur un
arbre en guise de guette, suivent dans son vol l'oiseau délogé pour repérer son
nouveau refuge. Il sera de nouveau par le chien et le chasseur au sol, ainsi de
nouveau traqué par le chien et le chasseur au sol, ainsi de suite jusqu'à son
épuisement. Soulignons tout de même que cette pratique ne concerne qu'une
certaine catégories d'oiseaux qui ont pouvoir de vol assez limité et que
quelques fois les chasseurs se retrouvent en face d'un puissant adversaire venu
du ciel: l'épervier. En effet, sans la savane, un épervier "suit" quelques fois
les chasseurs et intervient pour attraper la proie pendant son court envol.
quelques variétés peuvent être citées ici: kalima,
fula, nkèlè ...
Les grands gibiers, les animaux proprement
dits, nécessitent des techniques plus puissantes. Elles comprennent les leurres,
c'est-à-dire un ensemble d'objets et de procédés destinés à tromper le gibier:
la dissimulation du chasseur armé dans les branchages ou dans un trou,
l'imitation des cris et des bruits suggestifs... Au nombre de ces stratagèmes
figurent: - la fosse à
gibier (okiri, bila) très profonde et creusée sur le
passage de routine des animaux, principalement en forêt. Au fond de cette fosse
on peut planter des lances ou des pieux pour vite blesser et achever l'animal
qui y tombe. Le tout est soigneusement recouvert de feuilles sur un léger
support Toute fois ce piège constitue également un danger pour les indigènes
qui sont tout de suite informés sur sa présence. - le piège écraseur ou piège à assommoir
(éyuli) est destiné essentiellement à la capture des rongeurs,
hérissons et porcs-épics. Il consiste en en une quantité de termitières, de
pierres ou troncs d'arbres suffisamment lourds, placés en équilibre au-dessus
d'une cachette automatiquement obstruante lorsqu'un animal touche un appât. Le
moindre déplacement du fil libère le bâton qui soutient le plateau lesté de
pierres et celui-ci s'abat dur l'animal. La partie de chasse collective à l'antilope ou aux
sangliers mobilise tout le village. On amène à cette occasion filets à grosses
mailles (akia a mbia), lances (aywo) et des sagaies
(ndula) pour traquer au loin la bête délogée de sa
retraite.
Lorsque la présence d'un gibier de quelque
importance a été signalée dans la forêt, les téké s'arment de sagaies et de
flèches et vont tendre de grands filets, formant un circuit incomplet autour de
l'endroit où les traces ont été reconnues. Plusieurs chasseurs se dispersent
dans la forêt, de manière à former un cordon de rabatteurs et marchent
concentriquement vers le point où les filets ont été tendu, pendant que le gros
de la troupe, précédé de quelques chiens qu'on excite à aboyer, s'avance au
milieu en frappant les mains et en poussant de grands cris. L'animal pourchassé,
effrayé du tapage, est bientôt acculé vers le filet et massacré à coups de
sagaies. La bête morte est dépecée sur place et tous les chasseurs en ont leur
part, plus ou moins importante suivant leur rang. Après ces techniques liées plus ou moins à
la cueillette, l'introduction du fusil à piston (ota,
tchogavia) dans la chasse a été vraisemblablement l'avènement du
progrès. Pour rendre l'arme plus meurtrière, notamment contre l'éléphant
(ndjogo) on charge dans le canon une courte lance au tranchant
plus large (tchwala). Avec ce fusil, les résultats de la chasse se
sont améliorés et bien sûr le gibier est devenu rare. Cette arme a crée aussi de
véritables chasseurs professionnels qui ne vivent que de l'échange commercial de
leur gibier. Le partage du
butin se fait suivant les lois régissant la propriété foncière et selon les
règles de la hiérarchie lignagère. Au retour, le chasseur envoie une cuisse au
nga ntsiè (maître du lieu sur lequel la bête a été abattue) ou
son représentant, l'oncle du chasseur reçoit une part des côtes tandis que son
père s'attribue les filets; la tête revient toujours aux enfants et le bébé
mange la substance du cerveau. Au fur et à mesure, les crânes et les cornes des
bêtes entourent le foyer comme de véritables trophées.
La dernière de ces techniques de capture
apparaît comme la synthèse de toutes les autres, celle qui oblige la nature à
livrer aux paysans tout ce qu'elle contient de fruits et d'animaux. Cette
pratique est la chasse au feu de brousse (linbvura). On constitue
au préalable une réserve de chasse pendant une ou 2 ans entiers durant lesquels
il est interdit de mettre du feu à une portion de la réserve. Elle peut être
individuelle ou commune à plusieurs villages. La région ainsi protégée constitue
le refuge de nombreuses bêtes. Le jour venu, pendant la saison sèche, quand
toutes les herbes sont susceptibles de brûler au mieux, les hommes et les femmes
qui se sont donnés rendez-vous sur un ordre du nga ntsiè mettent
le le feu à la brousse ou la savane. Cet incendie aura été précédé la veille
d'une cérémonie de bénédiction. Au même moment, les meilleurs coureurs en cercle
de feu la haute savane sur de longs kilomètres, ne laissant qu'une petite
ouverture où les chasseurs ayant tendu les filets, attendent les gibiers pouvant
atteindre vivants cette ceinture. Les résultats sont généralement fructueux.
Enfin, quand les flammes ont dévoré toute l'étendue, tout le monde descend sur
le terrain nu pour l'explorer et ramasser les proies mortes. On en profite aussi
pour recueillir les fruits mis à découvert, ramasser les sauterelles et creuser
les rats aux repères visibles.
Le chasseur téké ne compte pas seulement sur
l'efficacité de ses armes. Il ajoute à ces objets les forces de l'ordre
surnaturel. Cette attitude caractérise la perpétuelle dépendance de l'homme à
l'égard des forces mystiques. Une transgression des règles régissant cette unité
provoque son déséquilibre et le rend pessimiste.