La société téké repose sur des liens
naturels de parenté dans le cadre de la grande famille (nkwono,silla,ndjo) et sur la contraction d'alliance entre diverses
familles par le moyen du mariage (bala). Ces différents lient président au regroupement des
hommes entre eux au sein des villages et des cases. Leurs descendances diverses
et leur pouvoir d'acquisition déterminent une hiérachie sociale. L'univers téké
n'est pas au stade de la société mais plutôt de celui de la communauté. Le
peuple téké et beaucoup d'autres peuples bantu et africains croient à la
parentèle matrilinéaire, à la famille large où demi-frères et cousins sont
appelés frères et où les oncles sont égaux ou supérieurs aux pères.
Notion de pouvoir
En pays téké, la notion de pouvoir
traditionnel est prise avec toute sa pleine signification. Il s'agit d'un triple
pouvoir: a) sur la nature
tout d'abord c'est l'appropriation du sol du clan ou de la terre et la faculté
de protéger cette terre contre toutes les calamités naturelles (manque de pluie,
pêche ou chasse infructueuses, mauvaise récolte, des décès successifs
...) b) sur les âmes des
vivants et des morts ensuite: lien réel entre les mondes du visible et de
l'invisible, le pouvoir mystique est une conciliation renouvelée avec les
ancêtres de ladite terre. Les rituels mystico-religieux, et particulièrement les
cérémonies de danse d'initiation, interviennent dans tous les aspects de la vie
de la communauté: mariage, funérailles, protection externe. Ils sont organisés
spécialement par desresponsables désignés par le chef du clan ou de la
terre. c) sur les hommes
enfin: le pouvoir moral et judiciaire se fonde sur la rigidité des frontières
établies entre les différents corps constitués du clan. Toute décision issue du
chef du clan sont en général irrévocables et ne souffrent d'aucune prostation et
les structures traditionnelles dominent les structures administratives
actuelles.
L'organisation sociale
Dans son ensemble le monde téké s'est
organisé au cours des siècles d'une manière originale même si, aujourd'hui cette
organisation tend vers la disparition. La pyramide de l'organisation sociale et
politique est présentée comme suit:
a) Le chef de famille ( nga ndjo,
mfum'a ndjo) En
dessous des structures de regroupement telles que le clan, le lignage on
retrouve la famille. Ngan djo rassemble sous son autorité un
ensemble de parents en ligne masculine ou féminine suivant le régime de
filiation reconnu; la famille, nous le verrons plus loin, ne se limitant pas
seulement à ses femmes et ses enfants.Son autorité sur les siens va jusqu'au
droit de vie ou de mort.Il tranche seul les différends entre membre de la
famille s'il s'agit d'un palabre banal et avec d'autres membres de la famille si
l'importance de l'histoire oblige. Ses décisions sont sans appel.En terre téké
la famille reste toujours la cellule sociale de base et son rôle est
prépondérant.Le système de filiation le plus répandu est matrilinéaire
(filiation par les femmes).Devenu vieux ou malade, il désigne en général son
successeur à l'intérieur du groupe.Il s'agit généralement d'un petit frère, d'un
neveu ou d'un petit- fils.
b) Le propriétaire du village(nga
mpugu)et le chef de village (mfum'a
mpugu) Ces deux
termes quelque peu identiques ne possèdent pas la même signification et
comportent alors une nuance que nous allons tenter de faire
apparaître: Dans les deux
mots on retrouve systématiquement le terme "mpugu" précédé soit de
"nga"(propriétaire), soit de "mfumu"(chef). Le
premier est attribué au propriétaire du village tandis que le second au chef du
village.Dans notre société traditionnelle où la légimité est fondée sur le sang,
la naissance le titre de "nga mpugu" ou "mfumapugu" s'applique au
fondateur du village ou au membre de sa famille reconnu. De par les principes
qui régissent la société téké, il es le chef légitime et légal. Alors que
mkum'a mpugu (qui n'est pas obligatoirement issu de la famille du
fondateur du village) exerce une autorité sur un espace donné, commande sur les
hommes, nga mpugu détient également les autres pouvoirs
fondamentaux.Cette distinction se faisait souvent sentir durant l'époque
coloniale; d'un côté, on avait chef traditionnel reconnu de tous et de l'autre
un personnage nommé par l'administration coloniale.
c) Le chef de la terre (nga
ntsiè) Le terme se
retrouve avec plusieurs variantes au sein du territoire téké (nga
ntsié,onga ntsiè,nfum'a ntsiè) mais désigne
le dépositaire d'une certaine étendue de territoire laissée par ses
descendants.Il regroupe plusieurs villages et plusieurs clans sous son
autorité. Chef hériditaire,
ngantsié est à ce titre responsable devant son peuple des calamités qui peuvent
s'abattre sur son territoire. Il est l'initiateur et le gardien de
"onkani"fétiche protecteur du clan. Dépositaire des forces
mystiques d'invocation des ancêtres divinisés, il est égalements chef réligieux,
c'est-à-dire
médiateur privilégié entre les hommes et les esprits des fondateurs mythiques du
territoire. Enfin nfum'a ntsiè est le maître de la justice
traditionnelle, même s'il délègue généralement ses fonctions judiciaires à une
classes des hommes de loi: ankani. Les principaux emblèmes de cette chefferie sont des
symboles de puissance. Lors des cérémonies traditionnels il apparît avec des
objets rituels caractérisant sa force, son pouvoir et son
autorité: - la peau de
panthère, symbole de l'intelligence - la coiffe en peau de panthère - la queue de buffle, symbole de puissance
physique et faissant office de chasse-mouches - la canne, signe du cheminement et de
l'expérience - le couteau
en forme de feuille, attribut du chasseur - la cloche double, signe de
popularité - le sac en
raphia, symbole de richesse.
Lors de ses grands déplacements, ngantsié
est porté en opoyi ou tsipoyi (sorte de civière
soutenue par les épaules des porteurs).
Autour de lui, on retrouve des dignitaires
dont les rôles sont bien définis. Les principaux sont:
- Ankani. Il s'occupent des problèmes du territoire
et font partie de la classe la plus respectée. A ce titre ils sont autorisés une
coiffe en peau de panthère de forme différente à celle dumfum'a
ntsiè.
- Ebaniñi Ils constituent un corps d'hommes de main et de messagers. Cette caste hériditaire a ppour
première fonction d'animer la structure socio-politique par ses chansons et ses
danses rituelles, exécutées lors des cérémonies d'initiation, d'investiture des
chefs ou à l'occasion des funérailles d'un membre d'un quelconque dégré de la
hiérachie traditionnelle. L'organition des obsèque de ngantsié leurs
incombe.Leur statut particulier les décharge par ailleurs de toute responsabilté
lors des exactions auxquelles ils peuvent se livrer au cours de leurs
manifestations publiques: pillages, dégradations, viols .... Réprésentant
l'aspect parfois répressif et arbitraire du pouvoir du chef, ils n'agissent que
sous son ordre et ne sont responsables que devant lui de leurs violences.
Personnages particulièrement grossiers, ils sont dotés d'une puissance mystique
spéciale leur permettant d'effectuer des actions presque surnaturelles en toute
aisance. Il est souhaitable pour vous de ne pas les contrarier.
- Obila. Choisis au sein des ébaniñi
pour leur sagesse et leur intelligence, obila deviennent en
quelque sorte leur chef et leur intercesseur auprès denga
ntsiè.Ils participent dès lors passivement aux danses et aux pillages et
a pour fonction de repartir entre les différents dignitaires le butins rapporté.
Outre le fait de rendre compte des audiences judiciaires des ankani et les
délibérations des assemblées rituelles, obila est avant tout le
dépositaire de l'histoire orale du territoire. Enfin ils sont les courstisans et les conseillers de
nga ntsié et à ce titre assumeront la vacance du pouvoir à la mort
de celui-ci jusqu'à la nomination d'un nouveau nga ntsiè mais ne
peuvent jamais accéder officiellement à ce rang.