Les différents liens de parenté qui
unissent les membres de la société téké réapparaissent sous une forme concrète
et matérielle qui constitue des unités résidentielles localisées aux dimensions
et rôle variables: ce sont le village (mpugu, ola) et la
case (ndjo). Le village regroupe des individus que rapprochent
des liens sociaux plus ou moins étendus, tandis que la case abrite des gens
unis par des rapports familiaux et des sentiments très étroits.
LE VILLAGE (mpugu,
ola)
Le choix de l'emplacement du village obéit à
certains critères objectifs et subjectifs. Ces derniers rejoignent les croyances
et les supertitions qui dominent les mentalités locales. Le facteur d'eau est
sans doute de loin le plus influent dans ce choix. L'inégale répartition
hydraulique dans cette région d'Afrique centrale réduit à quelques points d'eau
précis la localisation de l'habitat. C'est ce qui explique la concentration des
villages autour de certains endroits. Le deuxième élément est l'existence des
forêts d'où sont retirés les fibres, les lianes et les bois ainsi que les autres
matériaux nécessaires à la construction. La forêt permet aussi au hommes de
pratiquer les cultures qui ne peuvent d'étendre en savane. La forêt est, enfin,
aussi le lien d'insertion des mythes d'origine. Le caractère vital de
l'agriculture dans l'ensemble implique une autre condition primordiale. Un
village doit trouver, près ou autour de lui, un sol favorable à l'agriculture
afin de permettre la prospérité alimentaire et d'éviter aux paysannes la peine
de parcourir de longues distances avant d'atteindre leurs champs quotidiens. Les
nécessités économiques obligent parfois le village à s'écarter de la piste
publique et à se situer en retrait. Il en est ainsi des village Yili (Congo) et
Kabaga (Gabon). En dehors des
facteurs déjà observés, les téké recherchent aussi la proximité d'un ou de
plusieurs autres villages. Ce critère affectif témoigne bien d'une solidarité et
d'un besoin d'échanges sociaux que ces populations éprouvent entre elles. La
faiblesse de la densité explique cette recherche de l'homme par
l'homme. Un autre facteur,
mais de caractère surastructural est la "sainteté" de la terre
(ntsiè ) sur laquelle doit s'installer le village. Les droits
seigneuriaux ne donnent le droit juridique au chef de terre (ngantsiè) de confisquer son territoire au
détriment des femmes qui le cultivent ou des hommes qui désirent y habiter, sauf
aux indésirables. Cependant, dans ses pouvoirs spirituels, il possède le droit
de maudire la terre. Les prétendants doivent donc s'assurer si celle-ci n'a pas
la réputation d'avoir été frappée de malédiction dans le passé par un ancien
nga ntsiè. Si les faits le prouvent, le pays ne sera pas habité
avant réparation. Il pourrait en résulter plusieurs méfaits dans la vie des
habitans qui se veulent paisibles et heureux; le chef de terre ayant retiré son
esprit protecteur( onkani a ntsiè) devant présider aux destinées
de la contrée le peuple devient exposé, vulnérable aux envoûtements extérieurs
et à toutes sortes de calamités. Les récoltes seront chaque années médiocres, la
pêche et la chasse néfastes, des fauves redoutables (lions, panthères, éléphants
...) peuvent s'attaquer aux hommes et saccager des semences, les femmes seront
stériles et la mortalité élevée. En cas d'hésitation, les aînés peuvent "consulter" les ancêtres défunts
(ikwi, afu a ndjo) qui indiquent le site du village
(epfuna ola, kafunu ka mpugu). Il préconisent généralement
au patriarche de retourner vers la forêt de ses ancêtres et vers leur propre
terre dont la possession perpétuelle est marquée. Aussi nombreux soient-ils, les habitants d'un même
village sont tous unis entre eux par des liens de parenté, parfois infiniment
frêles et lointains entre certains membres. En réalité il s'agit le plus
souvent, pour la plupart d'entre eux, d'une parentale sociale.
Le village est une unité, c'est un
détachement familial, lignage ou clanique. Il regroupe les consanguins, les
parents classificatoires et les alliés. Les fils sont considérés comme chez eux
dans le village de leur père, de leur oncle ou de leur grand parent. Ils peuvent
théoriquement y résider aussi longtemps qu'ils veulent. La même règle prévaut
pour les filles jusqu'à leur mariage. Par la suite elles doivent aller vivre
avec leurs maris car ces derniers, par le jeu de l'exogamie, ne résident pas, en
règle générale, aux mêmes endroits où elles ont grandi. A ceux-ci s'ajoutent les rentrants; ce sont les
femmes des fils du village ou celle des adultes qui continuent à se marier pour
renforcer leur harem. Les époux des filles peuvent aussi venir sous ce nom,
s'installer dans le village dans le cadre d'un mariage patrilocal. Cet acte
répond parfois à une exigence du père ou de l'oncle de la fille qui, pour des
raisons diverses, ne veut pas s'en éloigner. Il y a longtemps, le village s'agrandissait aussi des
esclaves (ayiga (oyiga au singulier)) du chef ou de tout
autre puissant. Ils n'habitaient pas dans la case des leur maître mais ils se
devaient de construire les leurs, comme des hommes libres.