Dans une société d'auto-consommation,
pré-industrielle où la vocation commerciale est secondaire, la complémentarité
et les échanges économiques restreints, l'artisanat se doit d'être très répandu.
il a un caractère anonyme, chaque individu devant pourvoir à ses propres
besoins. Cela instaure une large polyvalence. En dehors de quelques artisans
spécialisés comme le forgeron et bien peu le tisserand, l'homme téké doit savoir
tout faire. Cette
caractéristique ressort même de l'éducation empirique qui doit associer chaque
enfant à la vie en le dotant des aptitudes professionnelles et des savoir-faire
qui lui permettent d'affronter l'existence.
LES LIQUIDES
L'artisanat pour la production des liquides
consiste essentiellement en une industrie de transformation des produits
agricoles.
Les vins
(mbali)
Dans la société traditionnelle, les vins
sont utiles pour les rites de mariage, les cérémonies sacrales comme libation
aux ancêtres, les réjouissances individuelles et les grandes fêtes publiques, la
réconciliation conjugale et les retraits de deuil. Ces vins ont des origines diverses et constituent un
travail individuel. Le plus important d'entre eux, parce que plus répandu et
mieux apprécié, le vin officiel, est le vin de palme (mbali
m'aba). Il existe des spécialistes de ce vin. Il est obtenu de 2 espèces
de palmiers: le palmier à huile (oba) et le palmier à raphia
(pigi). Dans le premier palmier, on se procure le vin en
faisant un trou en bas du jeune bourgeon, régime mâle de noix de palme que les
récolteurs reconnaissent bien. On suspend ensuite une calebasse juste à
l'ouverture d'où s'écoulera le suc après 2 ou 3 jours de renouvellement de
l'orifice. Cette technique est également très répandu en pays Kôngo où l'on
retrouve plusieurs de ces "malafoutiers". Des inconvénients y sont à noter: ce
sont d'abord les risques de dégringolade que court le grimpeur ( les palmiers
peuvent mesurer quelques dizaines de mètres); il doit sans cesse vérifier et
renouveler sa ceinture (ngori). De plus ce procédé réduit la
production de noix de palme nécessaire à la fabrication de l'huile de
palme. Parfois c'est le
palmier à l'huile qu'on abat simplement. Un trou est alors pratiqué à la base
des jeunes palmes. On recouvre soigneusement ce trou pour obtenir une certaine
température à l'intérieur. Après avoir rongé plusieurs fois la chair tendre du
tronc, on obtient un vin blanc laiteux et sucré( ingia) comme le
précédent qu'on recueille dans une calebasse; sa meilleure qualité coule pendant
la saison sèche (kasibi). Un palmier peut fournir de 2 à 3 litres
par jour et cela dure un peu plus de 2 semaines. Au ingia on ajoute une écorce d'arbre
(muala) préalablement séchée pour obtenir une boisson alcoolisée
après une fermentation de quelques jours. Mbali onliè, cet autre vin, est obtenu
à partir du palmier à raphia comme ci-dessus décrit, avec la seule différence
que dans ce cas le palmier demeure debout. C'est ce vin qui est produit le plus
abondamment le le plus exigé dans les grandes cérémonies. L'excellent vin se
reconnaît à ce qu'il dégage beaucoup de mousse surtout lorsqu'il fait
chaud. D'autres vins mineurs
sont produits par les téké mais non sans importance, dont la fabrication peut se
faire en ménage, sans exiger une qualification professionnelle:
- Mbali m'éntu,
mali a intu, le vin d'ananas obtenu en pressant le jus d'ananas.
Les femmes s'adonnent plus que les hommes à cette spécialité à cause de sa
simplicité de production.
- Mbali m'ako, mali ankwo, le vin de
banane. -
Nû, le miel auquel on ajoute d'autres ingrédients.
- Mali a ongabi, le vin à
base de maïs. Le maïs égrené est étendu sur le sol humide ou enterré jusqu'à ce
qu'il semble germer; le but escompté est qu'il devienne frais en se
ramollissant. Il est ensuite écrasé et mélangé à des tubercules secs de manioc
grossièrement moulus. On laisse fermenter la solution dans une grosse calebasse
gardée dans la case; 4 jours après on peut déjà filtrer le contenu à travers un
nouveau pagne de raphia. On obtient alors une boisson sucrée aigre, très
appréciée des consommateurs.
L'huile de palme (Mbari a
mba)
L'huile de palme (mbali a mba,
mâli a nkènè) est pratiquement la seule connue des téké; si la
cueillette des noix, produit de base de cette industrie, revient à l'homme,
l'extraction de l'huile de palme est une activité féminine.
l'homme abat le régime mûr. On distingue 2
espèces de noix courantes selon les palmiers dont elles proviennent; cette
différence ne ressort pas à travers la simple observation; c'est en éprouvant
les noix à la casse que l'on connaît les noix osuon,
osuomi aux amandes fines et cassables à la dent, les plus grasses
et les noix obuon les plus répandues et aux amandes ordinaires et
résistantes. les noix se détachent des tranches du régime après quelques 2 jours
suivant le degré de maturité. Il convient d'utiliser les noix fraîches.
pourries, elles donnent une huile désagréable à la consommation. Il faut au
moins 4 régimes pour prétendre à une quantité considérable d'huile d'environ 10
litres. Cela dépend aussi du savoir-faire des ménagères employées. Ce sont les
épouses du récolteur de noix assistées de leurs proches voisines qui se chargent
de cette opération collective. Elle retient la femme à la case toute la journée
et les participantes sont rémunérées par une part du produit
obtenu. L'extraction de
l'huile peut se faire à l'aide d'un pressoir traditionnel (éwini),
mais cet instrument étant peu répondu, on a recours au moyen le plus courant qui
consiste à piler les noix bouillies dans un mortier allongé
(kadju). On presse dans les mains les fibres moulues
(kân) pour retirer l'huile qu'on recueille dans les marmites de
terre cuite (ékwomi) et traversée ensuite dans des calebasses
(ambina). ces calebasses qui contiennent l'huile s'appellent
désormais otabi a mâli. L'huile obtenue ne sert pas seulement dans la cuisine. C'est avec elle
qu'on oint aussi les statuettes. Elle sert également dans la cosmétologie. Les
noix de palme crues ( égiga) broyées et l'huile de palme mélangées
légèrement au sable blanc fin (ogniè) servent aussi à la
fabrication d'une pâte rouge (tsûla) faite avec une racine ou un
bois (ébili) sans doute du santal rouge. Cette pâte séchée entre
dans la composition de plusieurs médicaments. Le tsûla rafraîchi
de nouveau par l'huile est aussi employé comme crème de toilette pour les
bébés. La mère des jumeaux
(ngug'ankira) ainsi que la femme possédée par les esprits teignent
du même produit leur pagne de raphia pour lui donner une couleur
agréable.
Le sel végétal
(ofula)
Jadis le sel ( ongwa) était
très précieux dans le monde. On reconnaissait une importance capitale qu'il n'a
plus aujourd'hui. Le sel n'était dépassé en valeur que par l'or.
La consommation des divers alimants,
produits de la ceuillette, de l'agriculture, de l'élévage ou de la chasse exige
un certain assaisonnement. Privés de marais salants, les téké avaient dû compter
d'abord sur leur propre sel végétal. Mais celui-ci était rellevé de temps en
temps et remplacé définitivement par le sel minéral dès que les relations
commerciales avec la côte leur donnèrent l'occasion de s'en procurer
régulièrement. cette substitution s'avéra tôt nécessaire d'autant que la
préparation du sel "local" ne donnait que de faibles quantités au goût médiocre.
Cependant le sel végétal n'est pas entièrement abandonné car il figure toujours
comme ingrédient indispensable dans certaines recettes locales.
C'est à partir de plantes halogènes
(ésa, éfula)(larges feuilles en forme de coeur, aux
tiges épineuses et servant à envelopper le manioc) ceuillies dans les marais et
d'autres déchets issus du palmier ainsi que ceux des fibres ayant servi à
tresser les nattes (ékala) que le brûlage obtient des cendres
salines; on traite ensuite par saturation en vannerie, égouttement et ébullition
pour obtenir un liquide salin. Cette technique de préparation donnait des résultats
appréciable; aussi les téké ne sollicitèrent-ils le sel minéral que dans les
années 1880-1900. La
préparation de l'ofula ne demande d'un matériel fort simple. Le tout se présente
comme un filtre. La ménagère se procure 2 cuvettes de calebasse
(étiè). La prémière est percée à la base de pêtits trous.
Au-dessus on ajoute une large feuille percée de la même manière et quelques
déchets de fibres à tresser les nattes. Avec la cendre d'ofula on
forme une pâte fortemenet saturée. Le tout occupe le fond de la cuvette
constituant l'élément filtrant (likièle). On verse ensuite une
quantité de cendre dans le filtre et on ajoute proportionnellement de
l'eau. Pour obtenir le sèle
végétal sous forme de minérai (onwonon,ongwa), il
suffit de chaffer leliquide ofula jusqu'à épvaporation complète dans une marmite
(ndjû) de poterie. Il s'y dépose alors une croûte blanc sale semblable à du
sucre de canne non raffiné.